VIDEOTRECK 2000 : LE CLUB VIDÉO MOU

Vidéotreck 2000 est une installation immersive développée par Jolène Morin sous la bannière MAM & POP, prenant la forme d’un club vidéo de quartier des années 1990. L’œuvre reconstitue un environnement familier composé de rayonnages de VHS classées par genres, d’un comptoir animé par une figure de gérant cinéphile et de divers marqueurs sensoriels associés à l’expérience de la location de films. Ce dispositif convoque un lieu de sociabilité aujourd’hui disparu, où le choix d’un film constituait un rituel collectif inscrit dans le quotidien familial et communautaire.

Cette installation s’inscrit dans une recherche-création portant sur la manière dont les objets de la culture de consommation deviennent des supports de mémoire affective et des déclencheurs de nostalgie. En transposant la cassette vidéo, objet technologique rigide et obsolète, dans un registre textile, mou et tactile, l’artiste opère un déplacement matériel qui transforme l’archive en objet transitionnel. La VHS molle cesse d’être un simple support de diffusion pour devenir une forme à câliner, à manipuler et à reconnaître corporellement, faisant écho à la relation intime que l’on entretenait autrefois avec ces objets domestiques.

Le recours à l’humour et au jeu, notamment à travers la reconstitution de situations familières telles que l’attente au comptoir ou la répétition rituelle de la consigne de rembobinage, agit comme stratégie d’activation de la mémoire. L’installation ne se contente pas de représenter le passé, elle en rejoue les gestes et les affects. Le public est invité à performer le souvenir, à circuler dans un espace qui fonctionne à la fois comme décor, archive et terrain de projection émotionnelle.

La matérialité douce des sculptures établit un parallèle avec l’univers de l’enfance et de la peluche, premier objet chargé de réconfort et de mémoire tactile. Cette dimension permet d’aborder la nostalgie non pas uniquement comme un phénomène visuel ou narratif, mais comme une expérience incarnée, inscrite dans le toucher, l’échelle et l’accumulation. La multiplication des VHS molles crée une saturation visuelle et affective qui évoque à la fois l’abondance des étagères de clubs vidéo et la densité des souvenirs associés à ces lieux.

Sur le plan de la production, l’ampleur du travail matériel participe du sens même de l’œuvre. Plus de six cents heures ont été consacrées au dessin des pochettes de films, cinquante deux panneaux de textiles sublimés ont été réalisés, environ trois mille deux cents coutures ont été effectuées à la main et cent vingt livres de bourre ont servi à garnir près de huit cents cassettes. L’installation a également généré une forte participation du public, avec six cents films symboliquement loués, trois cent vingt quatre cartes de membre distribuées, environ sept cent cinquante visiteurs et plus de trente mille vues en ligne.

Vidéotreck 2000 s’inscrit ainsi dans une démarche qui articule humour, nostalgie et rigueur conceptuelle. L’œuvre interroge la manière dont des lieux commerciaux ordinaires deviennent des repères identitaires et comment la culture populaire se transforme, avec le temps, en patrimoine affectif. Par le biais de la sculpture molle et de la scénographie immersive, la recherche propose une réflexion sur la transmission des souvenirs, la construction d’une mémoire collective et la possibilité de faire du passé un espace à la fois critique, tendre et partagé.


Présentée à la Galerie 1040 (Montréal) du 21 au 25 juin 2022

crédit photo : David Ospina

 

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